La croix verte qui clignote à 2h du matin ne respecte pas forcément la loi — même si elle tourne depuis vingt ans sans que personne ne s’en soit plaint. L’arrêté du 25 janvier 2013 impose des horaires d’extinction précis, et une mise en demeure de la mairie peut arriver du jour au lendemain, avec des conséquences financières immédiates.
L’essentiel
- Extinction obligatoire entre 1h et 6h du matin (ou au plus tard 1h après la fermeture si l’officine ferme après minuit).
- Dérogation possible en cas de permanence ou de garde de nuit, sous réserve d’un arrêté municipal préalable.
- Zones protégées — abords de monuments historiques, parcs naturels régionaux — : règles plus strictes, extinction parfois imposée dès 23h.
- Amende administrative jusqu’à 7 500 € pour non-conformité, plus mise en conformité forcée aux frais de l’exploitant.
À quelle heure faut-il éteindre la croix verte ? Hors dérogation, l’enseigne lumineuse doit être éteinte entre 1h et 6h du matin. Si la pharmacie ferme après minuit, l’extinction intervient au plus tard 1h après la fermeture. Cette règle s’applique à la croix verte LED comme à tout caisson lumineux de façade, qu’il soit rétroéclairé ou à illumination directe.
Ce que dit exactement l’arrêté du 25 janvier 2013
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L’arrêté relatif à la publicité lumineuse — c’est son titre officiel, souvent abrégé en « arrêté 2013 » — classe les dispositifs lumineux en trois grandes catégories : les enseignes (liées à l’activité exercée dans le local), les préenseignes (indiquant l’établissement à distance) et les publicités (sans lien direct avec le local). La croix verte relève de la première catégorie : c’est une enseigne, pas une publicité.
Pour les enseignes lumineuses des commerces, l’article 27 de l’arrêté fixe la règle générale : extinction entre 1h et 6h. Les établissements ouverts après 1h peuvent maintenir leur enseigne allumée pendant les heures d’ouverture, mais doivent procéder à l’extinction au plus tard 1h après la fermeture. Une officine qui ferme à 20h doit donc éteindre sa croix verte à 21h au plus tard, et non à 1h du matin. C’est un point que beaucoup de titulaires ignorent. Le Moniteur des pharmacies le soulignait dès août 2018 : les obligations réglementaires des croix vertes dépassent la simple question de l’horaire nocturne et touchent aussi la puissance lumineuse maximale autorisée selon la zone.
La croix verte : un cas particulier dans le paysage réglementaire
La croix verte animée — celle qui affiche la température, l’heure, ou dont les segments clignotent en alternance — est soumise à des règles supplémentaires. L’arrêté interdit les dispositifs animés dans certaines zones, notamment à proximité des voies de circulation, au motif de sécurité routière. En pratique, beaucoup de pharmacies utilisent des croix à animation lente (moins de 4 Hz), ce qui est toléré, mais la frontière avec l’animation interdite est fine.
Pour les enseignes lumineuses de format standard, la puissance surfacique est également plafonnée : 6 500 cd/m² de jour, 1 500 cd/m² de nuit (à partir de 1h en zone 3, ou des seuils propres aux zones 1 et 2). Un module LED trop lumineux dans une croix ancienne remplacée à la va-vite peut dépasser ces seuils sans que l’installateur l’ait vérifié.
Les dérogations : quand la croix peut rester allumée la nuit
Une officine de garde peut-elle maintenir son enseigne allumée au-delà de 1h du matin ? Oui — sous une condition stricte : il faut un arrêté municipal qui prévoit explicitement la dérogation. Ce n’est pas l’officine elle-même qui décide ; c’est la mairie qui liste les établissements autorisés à déroger à l’extinction nocturne, généralement dans le cadre de l’organisation des gardes et permanences pharmaceutiques.
Sans cet arrêté municipal en bonne et due forme, la pharmacie de garde qui laisse sa croix allumée toute la nuit est hors cadre légal, même si elle rend un service public. Ce point a fait l’objet d’un recours documenté par Le Tribunal du Net en mai 2026 : une officine avait reçu une mise en demeure après que sa croix verte était restée allumée plusieurs nuits de garde consécutives, sans arrêté municipal de dérogation. L’argumentation « service d’urgence » n’a pas suffi.
Zones urbaines, rurales, protégées : trois régimes différents
L’arrêté 2013 découpe le territoire en quatre zones de sensibilité lumineuse (ZSL). Les obligations varient selon la zone où se trouve l’officine :
| Zone | Règle d’extinction / contrainte principale |
|---|---|
| Zone 1 — agglomérations < 800 hab., espaces naturels | Extinction dès 23h, règles luminance les plus strictes |
| Zone 2 — agglomérations 800–50 000 hab. | Extinction entre 1h et 6h (règle générale) |
| Zone 3 — agglomérations > 50 000 hab. | Extinction entre 1h et 6h, luminance nuit 2 500 cd/m² |
| Périmètre protégé (monuments historiques, sites classés) | Règlement local prioritaire, souvent plus restrictif que la zone de base |
Une pharmacie installée dans une commune rurale de 500 habitants relève de la zone 1 : son enseigne doit s’éteindre à 23h, pas à 1h. Le Particulier le rappelait en janvier 2020 en traitant des règles d’extinction nocturne des enseignes commerciales : la zone géographique change tout, et les pharmaciens qui s’appuient sur la règle « 1h du matin » sans vérifier leur zone se retrouvent en infraction sans le savoir.
Ce que risque concrètement l’officine non conforme
Le RLP — Règlement Local de Publicité, adopté par certaines collectivités pour renforcer ou adapter l’arrêté national — peut ajouter des contraintes supplémentaires. Mais même sans RLP, la procédure de mise en conformité est bien rodée : signalement (souvent un voisin ou une association), constat par la police municipale ou les services de l’État, mise en demeure avec délai de mise en conformité (15 à 30 jours en général), puis amende administrative pouvant atteindre 7 500 € si le délai n’est pas respecté. L’exploitant prend en charge les frais de modification de l’installation.
Dans les cas les plus graves — récidive ou refus de mise en conformité — le préfet peut ordonner la dépose de l’enseigne. La procédure est rare mais elle existe, et les communes qui ont adopté un RLP sont souvent plus vigilantes sur le sujet.
Côté atelier : ce qu’on vérifie avant toute pose ou remplacement
Quand nous intervenons pour poser une croix verte neuve ou remplacer des modules LED sur une croix existante, la première chose qu’on regarde n’est pas le modèle de croix — c’est la zone de sensibilité lumineuse et l’existence d’un RLP. On a posé une croix dans un bourg classé zone 1 où le client pensait être en zone 2 : le temporisateur d’extinction avait été préréglé à 1h du matin. On a corrigé à 22h30 avant mise en service, ce qui a évité une mise en demeure dès le premier hiver.
Quelques points de vigilance concrets :
- Le temporisateur d’extinction doit être accessible et réglable sans déposer la croix : on câble toujours un module de programmation horaire dans le coffret électrique, jamais intégré dans la tête de croix.
- La luminance de nuit des modules LED doit être mesurée, pas estimée : un module annoncé « dimmable » par le fabricant peut ne descendre qu’à 40 % de sa puissance nominale, ce qui reste hors seuil en zone 1.
- En périmètre de monument historique, on demande systématiquement le règlement de la ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) ou de l’AVAP (Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine) avant de chiffrer : les délais d’instruction ABF (Architecte des Bâtiments de France) peuvent décaler la pose de plusieurs semaines.
- Un totem de pharmacie prévu à 4 mètres de hauteur sous faux plafond intérieur de 3,80 m : ça s’est vu. On prend les cotes avant, pas pendant la livraison.
Les erreurs qui coûtent cher
Confondre horaire d’ouverture et horaire d’extinction autorisé. L’enseigne n’a pas le droit de rester allumée jusqu’à la fermeture si celle-ci intervient avant 1h : la règle « extinction 1h après fermeture » ne prolonge pas l’autorisation, elle la limite. Une pharmacie fermant à 20h doit éteindre sa croix à 21h, pas à 1h.
Supposer que la dérogation garde est automatique. Aucune dérogation n’est implicite. Sans arrêté municipal nominatif, l’officine de garde n’a aucun droit acquis à maintenir son enseigne allumée la nuit. Vérifier avant chaque roulement de garde si un arrêté couvre la situation.
Remplacer les tubes fluorescents par des LED sans recalibrer la luminance. Un remplacement « plug and play » peut multiplier par deux ou trois la luminance perçue, surtout si les nouvelles barrettes LED ne sont pas dimmées. La luminance de nuit autorisée est de 1 500 cd/m² en zone 2 — un module LED haut de gamme non dimmé peut aisément dépasser 4 000 cd/m².
Ne pas conserver le justificatif de conformité. En cas de contrôle, c’est à l’exploitant de prouver que son installation respecte les seuils. La fiche technique du fabricant ne suffit pas si elle n’indique pas la luminance mesurée en configuration installée. Un procès-verbal de mesure réalisé à la pose est le seul document opposable.
Vos questions, nos réponses
Ma croix verte est ancienne et a toujours été allumée toute la nuit. Suis-je en infraction ?
Oui, sauf si un arrêté municipal de dérogation couvre votre officine pour les nuits de garde. L’ancienneté de l’installation ne crée aucun droit acquis : l’arrêté du 25 janvier 2013 s’impose à toutes les enseignes en service, qu’elles aient été posées avant ou après son entrée en vigueur. Un signalement suffit à déclencher la procédure. La solution la plus simple est l’installation d’un temporisateur d’extinction programmable, que nous câblons systématiquement dans le coffret de l’enseigne.
La mairie peut-elle m’interdire toute enseigne lumineuse en zone protégée ?
Le RLP peut effectivement interdire certains types d’enseignes lumineuses dans des périmètres sensibles — abords de monuments historiques, secteurs sauvegardés, espaces naturels classés. L’arrêté 2013 fixe un plancher réglementaire national que le RLP peut durcir mais pas assouplir. En périmètre ABF, chaque projet d’enseigne lumineuse est soumis à avis conforme de l’Architecte des Bâtiments de France. Un refus est possible, mais des solutions alternatives (éclairage indirect, rétroéclairage à faible luminance) permettent souvent de concilier visibilité et conformité.
Peut-on programmer l’extinction automatique d’une croix verte existante sans la déposer ?
Dans la grande majorité des cas, oui. On intègre un interrupteur horaire numérique (programmateur DIN) dans le coffret électrique alimentant la croix, ce qui permet de gérer l’extinction sans toucher à la croix elle-même. L’opération prend généralement moins d’une heure. Pour les croix dont l’alimentation est noyée dans la maçonnerie sans coffret accessible, un boîtier de coupure en apparent peut être posé au plus près du tableau électrique. Le coût de l’intervention est sans commune mesure avec celui d’une amende ou d’une mise en conformité forcée.
Pour toute question sur la conformité de votre enseigne de pharmacie — vérification de zone, reprogrammation de temporisateur, remplacement de modules LED avec calcul de luminance — contactez notre atelier à contact@appliquesarl.com.
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